Sept ans de direction du design, un bon salaire, une maison près de la mer. Et l'impression d'avoir arrêté de faire mon métier. Ce que j'ai quitté, et ce que ça a réellement coûté.
Pendant sept ans, j'ai été directeur du design pour l'une des plus grandes plateformes de recrutement tech américaines. Bon poste, bonne équipe, bon salaire. On a même déménagé dans le sud de la France, près de la mer, parce qu'on pouvait.
Sur le papier, c'était réglé.
Et pourtant je passais mes dimanches soirs à me demander ce que je fabriquais.
Le problème n'était pas le travail
C'est ce qui rend la chose difficile à expliquer. Personne ne me maltraitait. Le projet était intéressant. L'équipe était bonne.
Ce qui s'était installé, c'est autre chose : je ne concevais plus rien.
Je validais. J'arbitrais. Je faisais des points. Je passais mes journées à parler de design sans en faire, et au bout d'un moment j'ai commencé à me demander si j'en étais encore capable. Ça faisait des années que je n'avais pas ouvert un projet à partir de zéro.
Ce doute-là est plus corrosif qu'un mauvais manager. Un mauvais manager, tu le quittes. Le doute sur ta propre compétence, tu l'emportes partout.
Ce que je n'avais pas vu venir
Le point de bascule n'a pas été spectaculaire. Pas de clash, pas de burn-out théâtral.
Juste une accumulation : je ne me réjouissais plus de rien de ce que je livrais. Je ne montrais plus mon travail à personne. Et quand un ami m'a demandé sur quoi je bossais, j'ai réalisé que je ne savais pas quoi répondre d'intéressant.
J'ai pris une pause. Pendant cette pause, la question est devenue simple : est-ce que je veux continuer à monter une échelle dont le sommet ne m'intéresse pas ?
La réponse était non depuis un moment. Je ne me l'étais juste jamais formulée.
Ce que ça coûte vraiment
On raconte rarement cette partie, alors je la mets en premier.
Tu perds la régularité. Un salaire, ça tombe le même jour tous les mois et ça ne se négocie pas. Une activité indépendante, ça tombe quand le client paie, et le client paie quand il veut.
Tu perds le cadre. Plus personne ne te dit sur quoi travailler. C'est exactement ce que tu voulais, et c'est aussi ce qui est le plus dur les trois premiers mois.
Et tu ne perds pas l'anxiété. C'est l'illusion la plus répandue. Partir ne m'a pas calmé. Ça a simplement déplacé le sujet : j'ai arrêté de m'inquiéter d'être inutile, et j'ai commencé à m'inquiéter du mois prochain.
La différence, c'est que la deuxième inquiétude est productive. Elle me fait travailler. La première me vidait.
Harissa Studio
J'ai lancé le studio sans plan sur trois ans. J'avais deux convictions et c'est tout.
La première : je voulais reconcevoir des produits pour de vrai, pas les superviser. Des interfaces complexes, des dashboards, des outils que les gens utilisent tous les jours pour travailler.
La deuxième : je voulais choisir avec qui je bosse. Après sept ans à hériter de mes interlocuteurs, c'était la liberté qui comptait le plus.
Les premiers clients sont arrivés plus vite que prévu. Des fondateurs, des développeurs, des indépendants. Certains avaient vu que je partais et ont proposé de travailler ensemble avant même que j'aie un site.
Depuis, il y a eu des startups IA, des plateformes SaaS, des conciergeries, des marques e-commerce. Certains projets ponctuels, d'autres devenus des collaborations longues.
Ce que je referais différemment
Trois choses.
J'aurais parlé à des indépendants avant de partir, pas après. J'ai perdu six mois à réapprendre seul des choses qu'une conversation d'une heure m'aurait apprises.
J'aurais posé mes tarifs plus haut au départ. Baisser un prix est facile, le monter sur un client existant ne l'est pas.
Et j'aurais arrêté plus tôt de croire qu'il fallait un moment idéal. Il n'y en a pas. Il y a juste un moment où rester coûte plus cher que partir.
Si tu es à ce point-là
Je ne vais pas te dire de démissionner. Ce serait malhonnête : je ne connais ni ta situation, ni tes charges, ni ce que tu supportes réellement.
Mais il y a une question qui m'a été utile, et je te la laisse.
Est-ce que ce qui te retient, c'est ce que tu as à perdre, ou c'est l'idée que tu te fais de ce que les autres penseraient ?
Si c'est la première réponse, reste et construis un filet. Si c'est la deuxième, tu as déjà ta réponse.
Moi je documente tout ça en temps réel, erreurs comprises. Si ça t'intéresse, c'est ici et sur ma chaîne.
Questions?
J'ai quitté un poste de directeur du design après sept ans, non pas à cause du salaire ou de l'équipe, mais parce que j'avais arrêté de concevoir pour ne plus faire que superviser. Partir n'a pas supprimé l'anxiété : ça l'a déplacée vers quelque chose de productif.
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